Sur le forum de dépendance-sexuelle.info, un participant me dit que "l'homme a besoin de rituels". Et cette semaine, en lisant dans le journal La Croix le commentaire d'un passage de l'évangile où Jésus reproche aux pharisiens de s'attacher aux apparences pour oublier le fond et l'essentiel, affirme que "le rituel rappelle à l'homme qu'il a besoin de se purifier".
Nous fonctionnons par rituels, en usant de formes qui nous donne une assise pour révéler le fondamental. En picolant, j'avais tout un rituel, qui sacralisait la bouteille de bière par exemple, lorsque j'entamais ma beuverie (je me vantais d'être un amateur de "bonnes bières"). En fréquentant les bistrots, j'avais une place bien précise, je commençais par lire le journal. Bref, dans la pratique des dépendances, j'ai toujours eu des repères. Me masturber au lever, au soir, démarrer la journée au boulot par le net etc... Tout cela correspond un peu à cette "forme qui aide le fond à remonter à la surface", comme on dit.
Je ne m'étais pas rendu compte, jusqu'à ces tous derniers jours,à quel point nos gestes, nos actes, peuvent aider à comprendre ce que nous sommes et à être réellement en lien avec ce que nous sommes vraiment. Un ami des Alcooliques anonymes, par ailleurs athée invétéré, me disait qu'il allait en réunion comme il allait à la messe. Comme les chrétiens remémorent le don de la vie du Christ, lui, il voulait se remémorrer ce qu'il avait été pour poursuivre sur son chemin.
Je comprends mieux l'importance des gestes rituels. Prier régulièrement, méditer, se fixer des repéres visuels, garder près de soi des phrases comme "un jour à la fois", "l'abstinence paie" aide à se remémorrer ce que nous avons décidé de ne plus être et surtout d'être. Des individus engagés tant bien que mal sur le chemin de la vie.
Retour à la page d'accueil
Salut Bruno,
Dimanche midi, je préparais un beurre blanc pour l'anniv de mon fils qui vient d'avoir 16 ans. J'évite de cuisiner des plats contenant de l'alcool car c'est jouer avec le feu quand on a posé le verre depuis seulement 19 mois. Néanmoins, l'envie de faire un beurre blanc a été plus forte que les résolutions. J'ai ouvert la bouteille de muscadet, et le rituel m'est revenu en pleine gueule. Je suis devenue un robot, une machine, un ordinateur. J'ai rempli le demi verre que je devais mettre dans la casserole et les flashs sont revenus comme si j'avais repicolé mon dernier verre hier. Quoique, à la fin de mes alcoolisations, je buvais quasiment au litron. En plus, je buvais du muscadet quand je marsouillais, parce que moins cher. La bouteille est cassée dans ma tête. Donc, j'ai pas claché. Mais, p'tain, le rituel est terriblement dangeureux pour celui qui a pris le chemin de se sortir de la dépendance. Quand j'ai arrêté de boire, le soir, je prenais un autre chemin que celui habituel, pour éviter le super u où je m'approvisionnais régulièrement. Désamorcer les situations où l'on se met en danger pour éviter de tomber dans le pièce à cons du retour à l'addiction.Voili, j'avais juste envie de te raconter cela.