Ce matin, levé de bonne heure, et parti faire une balade, je m'arrête dans un café où je vais de temps à autres boire un petit noir et lire le journal. J'y croise un homme, la bonne cinquantaine, le mec sympa, au comptoir, devant son vin blanc. Je l'ai déjà croisé bien allumé par l'alcool à d'autres occasions dans le même bistrot. Effectivement quand on démarre à 7 heures du mat' au blanc sec, il y a des chances que les brumes deviennent tellement épaisses au fur et à mesure de la journée que l'on finit par s'y perdre complétement. J'ai eu comme un sentiment de fraternité en voyant ce gars. Normal, il est un peu le miroir de ce que j'aurais été, si j'avais poursuivi ma vie d'alcoolique pratiquant, et si Dieu m'avait encore laissé en vie. Lui connait tout le monde, dans ce bistrot. Il tutoie les serveurs, se moque gentiment du barman. Il parle d'un autre serveur. Il n'est pas là, mais lui, il le connait. Aux clients anonymes comme moi, il montre qu'il n'est pas anonyme, lui. Mieux : il peut même informer de ce qui se passe dans ce café. Il fait un peu partie de la famille. Il existe, ici. Le personnel l'écoute et en plus lui répond. Souvent un "oui" poli. La politesse est le service minimum que les dealers légaux des débits de boissons estiment devoir aux alcooliques. L'humanisme de certains peut les amener à les alerter. Mais ce n'est pas courant.
Je me suis vu en effet dans ce petit bonhomme qui cherchait à causer et à se faire écouter. À ne plus être seul, à ne plus subir cette angoisse d'être là, et de ne pas savoir quoi faire de sa vie. Le gars souriant, plaisant, quand il n'a pas trop picolé, le coeur sur la main sans doute, mais qui ne sait pas que l'authenticité n'existe pas dans les bistrots. Que l'on existe que par le verre que l'on boit et que l'on paye. L'alcool ouvre les portes sur le vide affectif et a pour fonction de le creuser, jusqu'à s'y perdre. Je prie pour que ce petit bonhomme tombe un jour sur le chemin qui m'a conduit jusqu'aux Alcooliques anonymes.
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Ca me rapelle énormément quelqu'un ton histoire...a savoir: MOI.
J'étais le genre de gars qui voulait de l'attention quand il buvait. Dans les bistros je parlais le plus fort, j'étais le plus intéressant, le plus sur de lui...un jour je me suis fait remettre à ma place mais...ce ne fut pas suffisant...même la honte n'as pas anéanti mon besoin innasouvissable d'attention, de reconnaissance et d'amour.
Une fois sobre, on se rend bien compte que ce jeux était stérile et futile et on redevient un bien simple être humain....peu sur de lui et ...qui n'est pas la vedette de la vie
Pas facile!
Merci d'être la Bruno et bonne continuation :)