Mardi 27 novembre 2007
C'est bien l'enfant capricieux qui cherche régulièrement à s'imposer en moi. Cet enfant qui veut tout et tout de suite. Qui exige que lui soit répondu immédiatement à son attente exprimée avec angoisse. Car se retrouver face à la vie est angoissant. Il faut nécessairement une réponse. Sinon, l'attente apparait insupportable. Je mesure très concrétement ce que peut signifier le proverbe "la nature a horreur du vide". L'exigence que la réponse soit immédiate et permanente est sans conteste à l'origine de ma dépendance à multiples objets. Dans ce contexte, l'infini qu'offre apr exemple le net est apparu comme une aubaine. Mais cette exigence ne sera jamais couverte par ma seule volonté. Il ne suffit pas de crier le plus fort pour se voir apporter une réponse. Je ne suis pas seul sur Terre et les réponses passent nécessairement par les autres, sinon, on entre dans une logique (déjà pour une bonne part à l'oeuvre dans ce monde) du chacun pour soi et de la guerre de tous contre tous. Je sais aussi que je ne serai jamais satisfait par moi-même, car il m'en faudra toujours plus. Construire par l'autre, et avec l'autre met du temps et de la distance entre mon esprit et mes passions, tout en donnant du sens à ma vie en remettant mes actes au service de celle-ci Dernièrement, j'ai eu à faire face à plusieurs pulsions, sexuelles notamment . Ma dépendance me commande d'y répondre immédiatement. Le cybersexe est la commodité la plus rapide. Si je ne lui obéis pas, je peux décider de mettre mon désir en perspective, celle de l'amour de soi et de mon épouse et non plus celle de l'esclavage égocentrique et tricheur. Je ne nie pas que je suis un être de désir. Dieu nous a fait désirant pour que nous puissions, chaque jour, Le désirer. C'est au fond la question du désir qui est posée par la dépendance. Et aussi celle du choix, de la liberté qui nous est donnée : la Création ou le Malin ? La Vie ou la Mort ?
par Bruno publié dans : dependance-liberte
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Vendredi 9 novembre 2007
C'est la lecture du forum des dépendants sexuels qui m'amène à cette réflexion. Quelques participants ont une post-rechute difficile et peinent à retrouver la motivation. Le coup de déprime, quoi. J'ai vécu ça encore dernièrement. Je me suis retrouvé au coeur de la tempête. La tentation à ce moment-là, est grande de baisser les bras, et de sombrer dans une culpabilisation qui peut-être bien utile pour en rajouter dans la consommation au produit (qu'il soit liquide, ou informatisé, ou charnel). Personnellement, je suis aussi dépendant à l'apitoiement, qui est une forme d'orgueil inversée ais-je appris chez les AA. Mais être au coeur de la tempête, peut aussi avoir son intéret. Cela nous rappelle qu'il vaut mieux se souvenir de sa fragilité. Elle invite à regarder ce qui a pu amener à dériver en direction de la tentation. Car fondamentalement, même quand c'est dur, dans l'abstinence, c'est toujours moins douloureux que lorsque l'on consomme. Chaque fois que je replonge dans les objets de ma dépendance, c'est que j'ai oublié à quel point je souffrais de compulser. Une maxime incontournable : "ne jamais oublier sa dernière cuite", quelle qu'elle soit. Elle est cette chute fondatrice qui m'a amené à vouloir rebondir. Chaque rechute invite à travailler sa vigilance, à se recentrer sur l'essentiel et surtout, à porter le regard sur quelque chose qui donne confiance (Dieu, pour ce qui me concerne, les conseils d'un psy, une réunion AA avec leur programme etc...). La tempête est une étape d'un chemin de libération. Car le souvenir de la "dernière cuite" doit normalement m'inciter à ne pas vouloir retourner là d'où je viens pour mieux accepter ce que la vie me propose aujourd'hui. En se souvenant que les tempêtes, c'est comme tout : elles finissent par passer.
par Bruno publié dans : dependance-liberte
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Mercredi 7 novembre 2007
Ce 7 novembre, il y a quatre ans que je n’ai pas consommé d’alcool. Quatre années de « 24 heures » de liberté vis-à-vis de ce produit. J’en suis fier, bien sûr, même si je n’oublie pas que la vigilance demeure la meilleure manière de fêter cela, en rajoutant 24 heures nouvelles de liberté à mon chemin. Je n’oublierai jamais cette porte d’un local AA, franchie un vendredi soir sombre de novembre. J’y suis allé abstinent. J’ai ressenti beaucoup d’authenticité (y compris dans la souffrance de participants). Je m’y suis senti à ma place. Dans une fraternité. On m’a suggéré : « essaye de ne pas boire le première rien qu’aujourd’hui. Et demain essaye si ça marche. Et surtout reviens en réunion ». Oui, ça marche les AA et l’abstinence. C’est possible. Pas évident d’entendre cela quand on est au plus mal. Mais l’ayant été, au fond du trou, je sais que l’on peut rebondir. Cette aventure démarrée un 7 novembre 2003 m’a permis d’ouvrir la porte sur mon existence et ma fragilité. J’essaye de mettre à jour mon tempérament de dépendant, d’individu profondément fragile qui cherche à fuir ses peurs quand il ne les accepte pas. Hormis l’alcool, des compulsions continuent de me mettre en difficulté. J’ai rechuté à la masturbation compulsive dernièrement – mais j’ai repris le chemin de l’abstinence un jour à la fois depuis -, j’ai toujours du mal avec le net et je galère un peu pour me sortir des insomnies sans médicaments en ce moment. C'est pas folichon au niveau moral, mais il est clair que mon positionnement face à la vie, est aujourd'hui plus dans l'acceptation qu'il ne l'était il y a quatre ans. J'ai engagé le chantier et il s'agit d'y aller sans se faire mal. Pas tout à la fois m’a-t-on dit en AA. Je continue d’avancer, un jour à la fois, en laissant le temps au temps.
par Bruno publié dans : dependance-liberte
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