Mercredi 22 novembre 2006
"Que ta volonté sois faite et non la mienne"... Le livre des réflexions quotidiennes publié par les Alcooliques anonymes suggérait ces jours-ci de réfléchir autour de cette phrase que Jésus lanca à son Père, alors qu'il savait sa mort toute proche. On peut prendre cette phrase comme une formule de soumission absolue et de résignation. Ou alors on peut y voir (ou plutôt commencer à apercevoir, pour ce qui me concerne) une invitation à une libération spirituelle d'une ampleur inouïe. Ma présence sur Terre, je le sais désormais, n'est pas le fruit de mon autocréation, mais celui d'un don : une vie accordée pour donner à l'esprit d'amour qui sous-tend toute création une réalité qu'il me faut entretenir, en sachant qu'elle se poursuivra une fois que je ne serai plus là. Voilà le support de ma foi en quelques mots.
Je suis de plus en plus persuadé que ma dépendance, en même temps qu'elle a consisté en un éloignement de la foi, a permis de la mettre à l'epreuve. Ma consommation d'alcool, mes dérives vers plusieurs compulsions, du sexe aux angoisses, en passant par un besoin insatiable dans le domaine idéologique, traduisaient à la fois une absence de confiance en moi, en même temps qu'un désir de tout maitriser. Une sorte de volonté déchainée dans l'espoir insensé d'être le maitre. Une volonté sur fond de peur, de cynisme, de destruction.
Avoir la foi, consiste d'abord à accepter que tout ne dépend pas de nous, que la vie nous présente des événements sur lesquels nous n'avons pas directement prise (comme le caractère des autres, le regard qu'ils ont sur nous), mais vis-à-vis desquels, il faut toujours avoir le regard de la foi. Si c'est comme cela, c'est que cela a nécessairement un sens pour Dieu. Bref, arrêter de se debattre, et essayer d'être tout simplement. Cela permet de mieux distinguer quels actes je dois poser pour être en accord avec la volonté de Dieu, son amour total et désintéressé. Au lieu d'être cette grande gueule qui a raison sur tout, ou ce silencieux qui n'ose rien dire parce qu'il a peur du résultat d'un acte qui de toute façon ne lui appartient pas, je peux être un exemple de bienveillance, de simplicité et de sobriété. Mais pour cela, il faut entretenir la confiance, ne pas se précipiter et avoir un certain recul sur son quotidien, ce qui suppose des efforts de prière et de méditation. Parce que les tentations de la dépendance demeurent présentes. Ces tentations qui invitent à fuir vers tous les excès et surtout à s'attacher aux objets plutot qu'à leur esprit. Chaque jour, donc, j'essaie d'avoir en tête qu'il m'est toujours utile de me souvenir de cette phrase clef ouvrant les vannes de la confiance : "Que ta volonté soit faite et non la mienne".
Vendredi 17 novembre 2006
De plus en plus, je suis convaincu que la liberté se gagne dans le fait d'abandonner l'illusion de penser que l'on va tout maitriser de sa vie et que l'on peut programmer l'ensemble des événements qu'il nous est donné de vivre. On peut regarder au loin, avoir des projets, s'inscrire dans une perspective. Mais la réalisation concréte réside avant tout dans les choix que l'on fait dans l'instant présent.
"Souvent, je me dis le matin : aujourd'hui je ne boirai pas et le soir je me retrouve devant un verre" disent des personnes qui galèrent pour trouver l'abstinence. C'est pareil pour les autres addictions. Combien de fois me suis-je dit : aujourd'hui je ne me connecterai pas et combien de fois ais-je chuté au cours de la journée. Le problème, je pense, est que l'on croit pouvoir vivre avant d'avoir vécu. Le matin, on s'imagine le soir. Alors que la question est, à cette heure là, à cet instant-là, de choisir l'abstinence. Quand le Tentateur est là, on peut toujours lui tourner le dos pour faire autre chose. C'est donc toujours dans le moment présent que cela se joue. Personnellement, un travail spirituel m'a permis de m'entrainer à un travail d eprière et de méditation, qui m'aide à avoir un recul sur les événements de la vie, xce qui m'évite tant bien que mal de me laisser entrainer dans les tourbillons.
Il y a eu trois ans, ces jours-ci, que je suis abstinent dalcool. Trois ans déjà, donc que je me suis engagé sur un chemin que je naurais jamais imaginé auparavant, et qui aujourdhui me donne chaque jour, loccasion de goûter aux joies de la liberté. En poussant la porte des AA, pour entrer dans cette salle de réunion qui est désormais mon point dancrage indispensable, mon autre « chez moi », jai retrouvé un sens à ma vie. Dans lalcool, je ne savais plus où jen étais. Je passais mon temps à fuir, les autres, mes responsabilités, mes angoisses. En fait, je ne faisais qualimenter les peurs et les souffrances que je pensais oublier dans lalcool. Le programme de rétablissement des AA ma permis dabord de trouver les forces de maccepter tel que je suis, à vivre avec mes limites et donc à voir plus clairement ce quil fallait changer en moi. Jai retrouvé le goût dune vie toute simple, à apprécier tout ce que la vie moffrait au quotidien et surtout, une foi dans la vie, cette Vie qui correspond pour moi à cette Puissance supérieure à qui je confie chaque 24 heures. Tout nest pas simple dans labstinence, mais ce que je sais, cest quavoir posé le verre mouvre des possibilités que je ne soupçonnais pas avant. Surtout celle de parvenir à appréhender chaque situation avec plus de courage, sans nécessairement vouloir fuir quand cest plus difficile. Ce nest pas toujours flagrant, mais, au jour le jour, grâce notamment aux amies et aux aamis, je mesure mes avancées.
Cest donc dabord un grand merci aux Alcooliques anonymes que je souhaite formuler. Ils mont redonné envie de vivre, et je ne suis pas sûr quil puisse exister plus beau cadeau. Lors de ma première bougie, javais choisi le thème de la renaissance comme thème de la réunion danniversaire. Jai toujours limpression de vivre une nouvelle vie.
Je me suis laissé embarquer ces temps-ci dans une drole de spirale, que je ne connais que trop. Celle qui me fait m'accrocher aux angoisses (liées à une situation familiale pas simple, mais pas non plus dramatique) et qui me fatiguent. Je ne cède pas à certaines de mes tentations (alcool, sexe compulsif), mais je saute à pieds joints dans d'autres (café, forums...). Je me retrouve à vouloir disserter sur cette violence des hommes qui en fait me fait peur et m'horripile. En fait, je me rends compte que je donne prise aux peurs et à bien des illusions néfastes. À partir du moment où je ne reconnais pas mon impuissance face à cette anxiété et cette soif d'excitation dont un participant à dependance-sexuelle.info parlait si bien, je ne peux pas m'abandonner à la vie, et laisser la foi me faire avancer. Quand je n'y crois pas, je recule en fait. Je constate vraiment que l'espoir est bien dans une autre façon d'appréhender la vie, plus saine, plus sereine, plus disciplinée. Un jour à la fois, chaque jour que Dieu me réserve. Point barre. Encore une fois, le basique, le b-a ba de la foi.
C'est pas parce que je ne vais plus trainer sur la toile X que j'ai perdu tous mes réflexes de dépendant sexuel. Et même sans se connecter sur un site porno, on peut se reshooter aux fantasmes et à la mastrubation. Voilà, ce que je viens de mettre en ligne sur le forum des dépendance-sexuelle.info : "Je me suis remis une dose ce fantasmes ce matin. Le processus habituel : je suis, en ce moment, dans une situation familiale pas simple qui provoque pas mal de stress et d'angoisse. Je me suis remis en mémoire des souvenirs et des pratiques de mes consultations X et de mes chats, avec l'envie de se masturber qui vient avec, et les mains qui répondent OK à l'envie. Bref, vite stoppé, certes, mais suffisant pour me faire un méchant croche-pied. Je n'oublie pas que je ne suis pas seulement dépendant aux sites pornos, mais bien à la compulsion sexuelle. En renouant avec cette pratique - essayer de me libérer du stress par une virtualisation sexuelle, puis un coup de branlette pas magique du tout -, certes, en évitant la connection porno, il est clair que je rechute. Salut tout le monde, je m'appelle Bruno, je suis dépendant sexuel, et je suis abstinent de sexe compulsif depuis quelques heures"