Ce matin, levé de bonne heure, et parti faire une balade, je m'arrête dans un café où je vais de temps à autres boire un petit noir et lire le journal. J'y croise un homme, la bonne cinquantaine, le mec sympa, au comptoir, devant son vin blanc. Je l'ai déjà croisé bien allumé par l'alcool à d'autres occasions dans le même bistrot. Effectivement quand on démarre à 7 heures du mat' au blanc sec, il y a des chances que les brumes deviennent tellement épaisses au fur et à mesure de la journée que l'on finit par s'y perdre complétement. J'ai eu comme un sentiment de fraternité en voyant ce gars. Normal, il est un peu le miroir de ce que j'aurais été, si j'avais poursuivi ma vie d'alcoolique pratiquant, et si Dieu m'avait encore laissé en vie. Lui connait tout le monde, dans ce bistrot. Il tutoie les serveurs, se moque gentiment du barman. Il parle d'un autre serveur. Il n'est pas là, mais lui, il le connait. Aux clients anonymes comme moi, il montre qu'il n'est pas anonyme, lui. Mieux : il peut même informer de ce qui se passe dans ce café. Il fait un peu partie de la famille. Il existe, ici. Le personnel l'écoute et en plus lui répond. Souvent un "oui" poli. La politesse est le service minimum que les dealers légaux des débits de boissons estiment devoir aux alcooliques. L'humanisme de certains peut les amener à les alerter. Mais ce n'est pas courant.
Je me suis vu en effet dans ce petit bonhomme qui cherchait à causer et à se faire écouter. À ne plus être seul, à ne plus subir cette angoisse d'être là, et de ne pas savoir quoi faire de sa vie. Le gars souriant, plaisant, quand il n'a pas trop picolé, le coeur sur la main sans doute, mais qui ne sait pas que l'authenticité n'existe pas dans les bistrots. Que l'on existe que par le verre que l'on boit et que l'on paye. L'alcool ouvre les portes sur le vide affectif et a pour fonction de le creuser, jusqu'à s'y perdre. Je prie pour que ce petit bonhomme tombe un jour sur le chemin qui m'a conduit jusqu'aux Alcooliques anonymes.
Je suis repassé, ces jours-ci, par une phase de compulsion et de recherche effrennée dans le domaine des idées, de la politique, du spirituel, de la philosophie etc. Ça peut paraitre étrange, mais quand on passe deux jours,prartiquement non stop, à se gaver de réflexions et d'opinions dans les domaines les plus variés, allant des controverses sur le culte de Marie à la place que peut prendre un gars aussi génial que Walter Benjamin dans le renouveau du marxisme, non seulement on en ressort sans plus trop savoir où on en est;, mais avec un sentiment d'ivresse mental, comme l'explique un participant du forum http://dependance-sexuelle.info. Cette impression d'être halluciné, l'esprit obsédé par les idées qu'on vient de s'inoculer à haute dose. Dans le même mouvement, je suis reparti dans mes forums du même tonneau, à m'impliquer dans des polémiques, au point de me sentir très mal de prendre des désaccords dans la gueule. Comme si je ne savais qu'en allant pointer mon hypersensibilité dans des lieux dangereux, je ne risquais pas de la mettre en danger. C'est terrible l'obsession intellectuelle. Cpomme une émotion qui envahit tout, qui vous détache de la réalité, et vous amène à ne plus, du tout avoir les pieds sur terre. Sur le fond, le problème n'est bien sur pas de vouloir se cultiver. Ça, c'est noble, utile, et même indispensable. Ma boulime intellectuelle, en revanche, correspond elle à une volonté de tout matriser, d'avoir réponse à tout. Cela étant conjugué avec cette difficulté à gérer mon anxiété devant les taches du boulot, et à vouloir aller voir ailleurs si je ne serais pas mieux. Pourtant, je sais que je maitriserai jamais tout de ma vie. Cette boulimie correspond à une volonté de remplir un vide que, finalement, je m'invente, et que je gonfle à volonté parfois.
Au sortir de cette "crise", je me suis replacé dans une dynamique de calme intensif. J'y vais tout doux. L'important d'abord : le boulot, prendre du temps à écouter ce que l'on a me dire, observer autour de moi. Dans l'addiction on cherche la toute puissance, alors que la sobriété vise une certaine douceur pour vivre. Ce matin, la lecture de l'évangile proposée par la liturgie catholique proposait ce passage où Jésus invite à ne plus être attaché aux choses de ce monde pour le suivre. Ne plus être attaché pour vivre, dit-il. Comme ça me parle bien. Arrêter de ce croire le roi du monde, de nager dans cette illusion que l'on peut tout maitriser pour suivre cet exemple d'une vie consacrée à l'amour et au don de soi. C'est le chemin de l'humilité.
Je cherche des choses sur le rôle de l'adrénaline dans la dépendance, notamment au net. Certains parlent même de dépendance au stress. Je ne sais trop ce qu'il faut en penser.
J'ai trouvé cette interview, un peu longue, qui l'évoque un peu.
http://www.technikart.com/article.php3?id_article=731
J'étais à Bruges, pour quelques jours de vacances. C'est mon psy qui m'avait conseillé la destination. J'en suis encore profondément marqué. Je ne pensais pas que l'ame de cette ville médiévale me bousculerait à ce point. Passer quelque jours dans ce lieu où le temps semble s'être arrêté a suffi à me convaincre vraiment que l'enjeu de mon équilibre est avant tout spirituel. J'ai un goût pour le mystère, pour la ferveur, et pour tout ce qui invite à laisser libre cours aux sens. Dans notre monde où le culte de la performance, de l'apparence, et du tapageur, je comprends beaucoup mieux que ce qui m'inspire, c'est la recherche de l'enracinement, de la profondeur, et de la simplicité. Il me faut accueillir la vie simplement. C'est vers la douceur, la paix, que je dois concentrer ma façon d'être ; aller moi-même à contre-courant de la marche de ce monde (plutot que de passer mon temps à exiger qu'il change avant que je ne change moi-même). Je retombe dans mes dépendances quand j'essaie de fuir ce vers quoi Dieu essaie de m'emmener, vers cette source d'amour qui m'a donné la vie.
Ces tous derniers jours, j'ai ressenti de très fortes envies de retourner dans l'univers des images et des sites X, de me taper une discussion sur un chat "sexe"... J'ai vraiment ressenti une invitation pressante, ce que l'on peut appeler une tentation. Heureusement qu'il y a des sites d'entraide, comme dependance-sexuelle.info, les blogs des amis dépendants etc. Heureusement aussi que j'essaie de me replonger dans une certaine vie spirituelle, qui me ramène à l'essentiel : vivre libre un jour à la fois, vivre simplement, et ne pas reprendre les chemins tapageurs du plaisir égoïste qui mènent à la dépendance.
J'ai cru percevoir ce qui était à l'origine de cette tentation : j'ai repris le boulot depuis peu, et la reprise m'a un peu paniqué. J'étais de nouveau dans la confusion, ne sachant par où m'y prendre. J'avais envie d'être ailleurs, et le net est bien sur le canal le plus simple pour m'évader. Avec le porno qui se cache toujours quelque part. Encore une fois, c'est cette sensation de vertige qui provoque cette envie d'aller ailleurs que là où on se trouve. Cette peur qu'il faut absolument éviter d'alimenter. J'ai donc repris les choses avec calme, en essayant de me mettre en relation avec cette source fondamentale de vie que l'appelle Dieu, et qui elle, se souvient que ce qui donne sens à ma vie, c'est de contribuer à une harmonie entre les êtres, et que cette harmonie passe nécessairement par mon propre intérieur.