Vendredi 30 mars 2007
Est-ce qu'il faut porter sa croix, comme le demande un dépendant ? En quelque sorte oui. Mais je ne m'inscris pas dans une conception doloriste, pénitentielle à l'excès qui nous situerait dans une peau de coupable qui s'autoflagelle. La Chute de l'Homme me semble être surtout une sorte de virée au cours de laquelle on a paumé le plan, et qui fait qu'aujourd'hui, on a toute les peines du monde à retourner à Dieu, à notre état naturel. Mais le chemin du retour est aussi balisé de jolis messages d'espoir. La liberté se goute chaque jour que je suis abstinent d'alcool, de sexe compulsif et chaque instant que je ne laisse pas mes émotions provoquer un nouveau tsunami. Je ne suis pas sûr, donc, chaque jour, de porter ma Croix. En choisissant de me rétablir, j'ai au contraire décidé d'arrêter de me flageller. Dans ma fuite alcoolique ou dans mes délires sexuels, je me suis autodétruit car je fuyais sans trop savoir où j'allais, jusqu'à ce que j'ai réellement pris conscience que je me dirigeais vers la mort. Les souffrances de la croix, on continue de les subir chaque fois que l'on entretient cette destruction. Or, aujourd'hui, même si ce n'est pas toujours simple, j'ai avec moi d'avoir accepté ma fragilité et mes limites. Mais j'ai aussi (re)trouvé la confiance sur le chemin, celle de l'espérance de pouvoir être sauvé. Dans moins d'une semaine, Paques viendra le rappeler.
par Bruno publié dans : Spiritualité
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Vendredi 9 mars 2007
Quand on commence à s'intéresser aux problèmes de dépendance, autrement dit quand on se demande comment sortir des comportements qui poussent à fuir sa réalité et à virer toujours plus dans l'excès, on finit par se rendre compte qu'en fait, le vrai problème n'est pas tant de toucher du doigt une solution miracle que de rediriger sa vie dans un autre sens. Au sentiment de frustration, issue de l'enfance (frustration affective, de biens de consommation, de reconnaissance etc) a succédé chez moi une fuite en avant dans une recherche effrénée de plaisirs de tous ordre. Faire la fête, picoler, découvrir ce dont j'avais l'impression d'avoir été privé, faire comme les autres, surtout ceux qui brûlent leur vie à grand coups de lance-flammes... J'ai cherché l'attention et l'affection de gens pour qui le monde de la fête et de l'alcool était une façon d'être. Jusqu'à me perdre. Jusqu'à me sentir finalement très seul au milieu des flons-flons. C'est le sentiment d'être au milieu de nulle part, associé à de fortes doses de culpabilité, qui m'ont amené à pousser la porte des Alcooliques anonymes. Et à me prendre compte que l'on pouvait appréhender la vie bien autrement. Avec simplicité. Ma prise de conscience sur l'alcool en a entraîné d'autres. J'ai fini par comprendre un peu comment je fonctionnais. Moi qui angoissais à l'idée d'être seul et de ne pas être aimé, je m'estimais incapable de trouver l'amour. J'ai aimé, mais en secret, de manière passionnée, jusqu'à finir par en désespérer. À un moment donné de ma vie, l'amour, les sentiments, ne pouvaient plus être une perspective concréte. Ils ont disparu. Je me suis résigné. Restait plus que le sexe pour le sexe. Il me fallait consommer du sexe pour remplir ce vide. Faut dire que le terrain était favorable, car j'ai découvert le porno assez jeune, vers 12/13 ans, dans des revues. Puis au fil du temps tout y est passé. Des sex shops aux prostituées, en passant par le net, les chats, les rencontres, hétéros et gays etc... J'ai dépensé des fortunes en téléphone et autres minitel. La plongée dans le noir du sexe compulsif est rude, et c'est une des addictions qui semble être la plus enracinée en moi. Puis je découvre que j'ai aussi un problème avec la bouffe... Sur le fond, je suis un boulimique qui répond par l'excès à ses angoisses. Même sur le plan intellectuel, j'achète des tonnes de bouquins, me document jusqu'à l'écourement et jusqu'à me paumer aussi sur des tas de sujets, notamment politiques, sociaux, spirituels. J'ai besoin de tout savoir, parce que j'ai peur d'être cofronté à mes limites. L'acceptation de mes limites est donc la première étape vers cette nouvelle vie dont je parlais plus haut. Je suis fragile, mais je ne suis pas à jeter. Je suis unique, aimé de Dieu, et c'est à partir de là que s'ouvre une perspective différente pour la vie. Il s'agit alors de la regarder avec confiance. Se méfier de l'excès pour privilégier la douceur et la patience. Ne plus être tétanisé par ses échecs mais les dépasser par la foi et l'espérance. J'essaie de garder le cap.
par Bruno publié dans : dependance-liberte
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Jeudi 1 mars 2007
Je poursuis mon Carême. Hier, la lecture d'un psaume que me propose le site des Dominicains auquel je me suis inscrit (www.retraitedanslaville.org) évoquait les pleurs : ceux d'homme qui pleure tellement que sa couche est trempée de larmes. On ne devient pas un surhomme en se libérant de la dépendance. Au contraire, on redevient juste un homme. Avec une fragilité qu'il s'agit d'accepter pour mieux parvenir à en faire une force. A travers ces larmes, je voix aussi toutes mes difficultés, mes rechutes, mes angoisses. J'ai de nouveau été traversé par une crise de colère cette semaine. Mes émotions ne me laissent pas tranquille. Mais je remarque qu'à chaque fois, il y a l'absence de confiance à l'origine. Cette confiance qui permet de recevoir la vie en cadeau, et de partir sur le chemin de la réalisation de Soi. Etre prêt à s'accepter avec ses limites, refuser de laisser les peurs offrir un chemin de fuite va me demander encore beaucoup de travail. Je suis laminé après une crise de colère. Du coup, hier, j'ai complétement mis de côté mes efforts sur ma compulsion à la bouffe et aux boissons excitantes (le café) que j'avais décidé d'enclencher pour ce Carême. J'essaie de me libérer de ce qui me pèse, m'encombre pour être en contact plus régulier avec Dieu. Aujourd'hui, j'ai eu une autre crise avec des bonbons, mais vite stoppée. Je pense être reparti sur les rails de mon Carême. Le fait de travailler plus que d'habitude sur la spiritualité me calme et me libére l'âme plus rapidement. Heureusement, car je suis beaucoup soumis au stress au boulot.
par Bruno publié dans : dependance-liberte
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