La livraison de ce jour des "Réflexion quotidiennes" des Alcooliques anonymes fait dire à Bill, un des deux fondateurs de la fraternité que les demandes matérielles doivent toujours passer "après" le progrès spirituel. Cette réflexion vient en appui d'une phrase nous indiquant que "nous n'aurons plus peur des autres ni de l'insécurité financière".
Cela signifie que l'abstinence que ce soit d'alcool ou d'autre produit peut nous redonner une toute autre façon de voir la vie que celle que nous avions quand nous étions pris dans les mailles de la consommation. Une fois que le progrès spirituel est devenu une priorité, on appréhende le matériel (l'argent, principalement) non plus comme la source principale d'angoisse qui nous plombe au fond de la bouteille, mais simplement comme un moyen de vivre normalement, décemment, sur cette terre. Il ne s'agit pas d'avoir un regard méprisant sur ce qui fait le quotidien - et qui ferait que celui qui manque de tout serait en droit de me considérer comme un snobinard qui se la raconte - mais de faire en sorte de ne pas être obsédé par sa "soif" de posséder, d'en avoir toujours plus, quitte à gacher, et à être dans l'excédent quand justement plein de gens manquent de tout.
La dépendance et la consommation excessive d'un produit traduisent, je pense, la peur de ne jamais en avoir assez, de ne pas être suffisamment reconnu. On ne se satisfait pas d'ÊTRE tout simplement. Donc, il faut AVOIR. Personnellement, j'ai bu parce que j'avais peur de ne jamais être à la hauteur, que tout le monde me faisait peur et parcer que je pensais qu'en livrant une image de fêtard, je faisais ce que l'on attendait de moi. Si l'on prend le porno, on voit bien que le sentiment de tout posséder, d'avoir les filles que l'on veut, quand on l'a décidé répond à cette angoisse d'être oublié dans ce grand bordel qu'est devenu le monde où la Rocco Attitude sert de plus en plus de modéle. La logique de la performance à tout prix nourrit toutes les angoisses des dépendants.
Le spirituel raméne les choses à leur juste valeur. Il nous rappelle que ce qui compte, ce n'est pas la seule satisfaction de nos exigences egoïstes, mais notre capacité à faire oeuvre commune, à être en lien avec toute la création. Je ne suis pas l'unique élément de cette planète, mais je suis relié à une histoire, aux autres, à mon environnement. Il me faut voir "au-delà" de moi. C'est cela s'inscrire dans une dimension spirituelle. Pour moi, cela veut dire aussi essayer de vivre au plus profond de soi dans le projet de Dieu, lequel vise d'abord à donner corps à l'Amour entre les êtres. La réponse à la dépendance suppose donc d'accepter sa fragilité, pour prendre le chemin inverse de l'aspiration illusoire à la toute puissance que les différents produits auxquels nous avons succombé cherchent à alimenter.
J'ai eu, cette semaine, une impression bizarre. Comme je fréquente parfois le forum sexualité de Doctissimo (www.doctissimo.fr)poiur évoquer un problème qui me touche particulièrement, il m'est arrivé de vadrouiller sur certaines de ses sections. J'ai fait deux constats. D'abord, il y a pas mal de gens qui finalement vivent leur sexualité sans qu'elle soit problématique et qui doivent sans doute être loin de l'univers empoisonné des addictions. Mais j'ai aussi eu pu constater à quel point, notre socièté évolue dans un univers où le sexuel est une quête en soi, fait partie d'un besoin presque matériel, déconnecté de l'esprit. Symptome de ce monde qui individualise toutes ses composantes, "prendre SON pied" structure bien des demandes. J'ai pu me rendre compte, par exemple, que la prostitution tendait à devenir une pratique légitime, presque de service public chez certains. Le phénomène des escorts, que de mon temps on appelait "putes de luxe", permet à ceux qui en ont les moyens (où qui décident de se priver par ailleurs) d'éprouver leurs angoisses pulsionnelles en résumant le mystère du désir à un échange marchand.
J'ai failli me prendre pour une sorte de zombie, un être à part. Mais là encore, je cultivais mon égo, pour m'estimer faire partie de cette élite des dépendants qui, ayant touché le fond jusqu'à ce jour, ont bénéficé de la grâce divine qui les a tirés par le "colbak" du trou de douleur dans lequel ils se dégoutaient quotidiennement. Car au fond, comme l'alcoolisme mondain participe de la même souffrance à laquelle j'ai gouté avant de rencontrer les Alcooliques Anonymes, le "sexolisme mondain" s'inscrit dans ce même manque spirituel. Je ne dois donc pas juger, mais compatir, me rendre disponible s'il le faut. Sur le "forum libre" de Doctissimo, je poste de temps à autre sur un sujet consacré à la porno-dépendance. Beaucoup de souffrances de conjointes encore une fois. J'en ai pris encore une fois plein le coeur, et cela m'a permis de me souvenir dans quelle galère j'étais encore plongé.
Vraiment : ne pas juger. Qui que ce soit. Et essayer de tendre la main, quand je peux. Cela me ramène à ma mémoire "le serment de Toronto" des Alcooliques Anonymes : "Lorsque n'importe qui, n'importe où, tend la main en quête d'aide, je veux que la main de A.A. soit toujours là ... et de cela, je suis responsable."?
On dit souvent que "tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir". J'ai souvent eu beaucoup de difficulté, moi qui ait plutôt tendance à demeurer emprisonné au plus profond de mes angoisses et à garder soigneusement la tête sous l'eau, à bien comprendre à quoi pouvait correspondre ce fameux "espoir". Je devine bien que cela signifie garder le cap au milieu de toutes les tempêtes. De mon expérience d'Alcoolique anonyme je sais aussi qu'à force de "laisser le temps au temps", même les plus sombres galères finissent par retrouver un ciel plus paisible.
En ce moment, ce n'est pas la joie chez moi. Ma compagne galère comme tout avec son gamin qui ne sort pas de l'adolescence. Au point qu'il a fallu procéder à un éloignement vers le père. Mais ses retours ponctuels sont chaque fois l'occasion de retour dans le n'importe quoi. Et d'une plongée pour moi dans des colères et angoisses douloureuses. Ces jours-ci, c'était de nouveau le cas. Retour du gamin et de ses conneries. Ca me fait chier, il m'énerve à venir perturber comme cela mon rétablissement égoïste, mais curieusement, je ne suis pas franchement tombé dans l'angoisse la plus noire. Je suis même resté plutôt calme. Je pense commencer à comprendre où se trouve la clef pour ce problème. Essayer d'avoir un regard apaisé. Ce qui ne signifie pas ne pas dire à quelqu'un quand il vous fait chier, mais refuser de le laisser être l'objet exclusif de ses pensées. J'ai tout de même précisé à la maman - qui lui a encore une fois signifié que c'était la dernière fois qu'il la menait en bateau comme cela... - qu'il n'était pas question que ce passage soit le prétexte à une réinstallation de ce parasite sous mon toit. Mais une fois ces choses exprimées, j'ai surtout fait l'effort d'accepter une évidence : toute situation qui m'est présentée est d'abord l'occasion pour moi de progresser spirituellement. Mon retour à une certaine foi chrétienne me permet de comprendre que même dans le noir, il faut savoir aimer. C'est là, d'ailleurs, que Dieu éprouve le plus fortement notre capacité à ne pas laisser nos angoisses nous envahir au point de vouloir la mort de l'autre, pour sauver sa peau (car je pense que sur le fond, c'est de cela dont il s'agit). Car s'il est juste de penser que ce gamin se plante, qu'il est un problème pour plein de monde, il me faut d'abord l'aimer, vouloir son bien (ce qui peut aussi se traduire par une certaine sévérité). L'angoisse c'est la fuite. La foi, c'est affronter le problème pour essayer de le dépasser.
Alors que je poursuis, tant bien que mal mon carême, je perçois quelques zones de lumière non négligeable. C'est même assez agréable. La pratique courante de la prière, la nourriture spirituelle que je reçois des AA, mais aussi de ceux qui participent à cette retraite virtuelle avec les Dominicains (www.retraitedanslaville.org) me donnent, je pense, l'occasion de mieux comprendre que l'amour du prochain peut avoir un contenu et qu'il permet surtout de cultiver l'espoir. J'ai cru que j'avais retrouvé la foi en arrêtant de boire et en allant chez les AA. C'est sans doute vrai. Mais il me semble surtout que c'est son chemin que j'ai retrouvé.
Cette nuit, j'ai bu. Je veux dire que j'ai rêvé que je buvais. Encore une fois, comme chaque fois que je fais ces rêves, ils sont d'un réalisme gerbant. D'autant plus que je buvais du whisky, pour le coup, produit qui m'a plongé dans un coma éthylique violent, un jour où ma pratique d'alcoolique a voulu me moinrter que j'étais vraiment en danger de mort dans l'alcool. J'en ai bu trois cette nuit. Trois, comme la Trinité (le Père, le Fils et le St Esprit), mais aussi comme ma dose minimale de bibine que je prenais au bistrot. Je ne quittais jamais les lieux sans avoir consommé, au moins, trois bières.
Chaque fois que je rêve de mes dépendances, je les prends comme un message et un signal d'alerte. Comme si on me disait : "fais gaffe, t'es plus très loin du verre". Ces derniers jours, j'ai beaucoup tiré sur la corde, j'ai bossé à coup de stress, je me suis pris la tête avec un gars qui m'a un peu manipulé et a utilisé ma tendance à la dépendance affective et j'ai replongé hier - fin de semaine - dans l'excès d'Internet.
Pourtant, c'est le Carême, et je m'étais promis de limité ma présence sur la toile à une heure par jour et les lieux à mon mail, ce blog, le site http://dépendance-sexuelle.info, et celui de Dominicains qui proposent une retraite www.retraitedanslaville.org.
Va falloir remettre les choses en ordre, car le rêve de cette nuit ne me fait pas du tout rire. Il va falloir m'éloigner de l'ordi pour repartir dans la vie réelle, rencontrer du monde et marcher (la marche aide à opérer une rencontre entre le physique et le mental). Mon thérapeute m'a dit hier que je ne peux de toute façon pas échapper au "besoin d'intellectuel". C'est visiblement le moteur essentiel de mon existence.
La marche permet donc à la fois d'avoir les pieds sur terre et de faire travailler son intellect. C'est une forme de prière, dont l'objectif est d'aller le plus proche de ce que l'on est réellement, de sa nature profonde, de la Vie épurée des bruits de ce monde, bref de Dieu. "Agir, méditer, agir" disent les Alcooliques anonymes. Vive la dialectique ! Ça, c'est, comme dirait l'ami Warsen, un vieux reste de ma formation gauchiste ;-) Faut bien que l'expérience de la vie serve à quelque chose.
Seigneur, fais de moi un instrument de Ta paix !
Là où il y a la haine, que je mette lamour;
là où il y a loffense, que je mette le pardon;
là où il y a le doute, que je mette la foi;
là où il y a le désespoir, que je mette la confiance;_
Là où il y a la tristesse, que je mette la joie;
là où il y a lobscurité, que je mette la lumière;_
O Maître Divin, que je ne cherche pas tant_dêtre consolé que de consoler,
dêtre compris que de comprendre,
dêtre aimé que daimer
car cest en me donnant que je recevrai;
cest en pardonnant que je serai pardonné;
cest en mourant que je naîtrai à la vie éternelle.
J'ai déjà evoqué, ici, ma foi chrétienne. Le message de cet homme, Jésus, indique pour moi un révélateur de Dieu, par l'amour inconditionnel qu'il nous suggère envers notre prochain. Je sais que Dieu se trouve dans le refus inconditionnel de la haine et de l'égoïsme. J'ai réactivé ma foi après être devenu abstinent d'alcool. J'ai redécouvert que l'on pouvait vivre avec confiance, en se disant que la vie et toute ses épreuves avait quelque chose à nous apprendre bien au-delà de notre propre existence. La Résurrection du Christ m'apparaissait là, comme cette évidence selon laquelle l'Amour peut vaincre bien des souffrances, à condition de s'ouvrir entièrement à Dieu - c'est à dire le naturel le plus épuré qu'il y a en moi, la Vie tout simplement - et d'accepter de reconnaitre mon impuissance à maitriser tant un sens égocentrique tout ce qui se présente à moi.
Ce mercredi, s'est ouvert le Carême. Le souvenir de Jésus au Désert, qui doit amener à Paques, 40 jours plus tard. Pas vraiment un choix de privation. Plus celui de se retirer (symboliquement pour moi) du monde, pour essayer de se tourner beaucoup plus Dieu et d'être beaucoup plus souvent et beaucoup plus régulièrement l'incarnation de sa volonté. Autrement dit, pour moi qui souffre d'une dépendance profondément ancrée à différents supports, je décide de faire un effort plus continu de mise en adéquation de mes actes avec ma nature intérieure. La prière, une attention soutenue à l'autre (à travers le jeune notamment), l'effort aussi de se souvenir de l'appel de Dieu à ne pas l'oublier... J'ai entamé cela hier. Comme d'hab', il y a des hauts et des bas. Je note toutefois qu'une plus grande pratique de la prière affine mon discernement et me permet de privilégier les sorties à l'extérieur sur l'ordi (c'était le cas cet AM).