Ce n'est pas simple en ce moment. Enfin, je veux dire que physiquement, je me traine un peu et que les auto coups de pieds aux fesses pour me bouger tous les jours se multiplient. Je n'aime pas février ni mars. Des mois de deuils (morts de mes parents). C'est bizarre, j'ai fait le lien il y a peu de temps, alors que ma mère est morte en 1991 et mon père six ans plus tard, définitivement vaincu par l'alcool et le tabac. Mais je naviguais trop à corps perdu dans l'alcool, je refusais tellement la réalité de ma vie concrète à coups de conso-sexe (putes, chat, rencontres gaies...) que je ne voulais pas me voir. C'est fou ça, de refuser de s'assumer jusque dans sa douleur la plus profonde.
Aujourd'hui que je fais l'effort, avec l'aide d'un thérapeute, et en suivant les réunions des Alcooliques anonymes, de m'accepter, finalement je me vois un peu mieux, et peut-être avec un peu moins de honte. Car à l'époque, j'ai carrément fui la maladie de mes parents. Dans la honte d'avoir une mère rongée par la diabéte d'abord. Puis en picolant pour fuir... la déchéance de mon père alcoolique ! Et donc, j'en arrive à faire le constat que le souvenir de ces disparitions a (inconsciemment ?) des effets sur mon quotidien d'aujourd'hui. Mon retour à une pratique spirituelle m'a aidé à accepter également leur décès, mais aussi à poursuivre une certaine relation avec eux, via ce qu'ils m'ont transmis comme valeurs humaines (respect des autres, honnêté...). Et c'est sur leur tombe que je suis allé me recueillir quand j'ai atteint un an d'abstinence d'alcool.
Donc, je suis un peu trainard en ce moment. D'où mon extrème vigilance. J'évite de foncer tête baissée et je privilégie le repos. Qui plus est, je me méfie de la persistance, le matin (et parfois le soir) de fantasmes ou plutot de pensées sexuelles, qui me rappellent mon passé de porno-dépendant actif, et qui évoquent où, des scènes pornos ou des pratiques homosexuelles que j'ai pu avoir. Ces pensées accompagnent une incitation à me mastuber que j'évacue en me levant, et en reprenant pied dans le réel (aller faire un café, allumer la radio etc. Il n'y a que le concrêt de l'instant présent qui interdit au fantasme de s'installer et de prendre le pouvoir.
Comme je l'explique sur le forum de dependance sexuelle (voir liens), je galère un peu, pour reconstruire une sexualité en adéquation avec une conception authentiquement amoureuse. J'ai détraqué pas mal de choses en me gavant de porno et de sexe plus ou moins monnayé. Je ne gère plus du tout une éjaculation précoce qui s'est installée durablement. Là aussi, la solution consisterait à me bouger car j'aime vraiment ma copine, et aimerait pouvoir "me donner" sexuellement dans de meilleures dispositions. Du moins, comme elle, "se donne".
Au milieu d'une nouvelle surconsommation de web forums et tout ce qui me sert à ne surtout pas être dans le réel, je me suis souvenu que j'avais, ce 16 février, parcouru 9 mois sans nourrir mon imaginaire de porno, de chat de rencontres etc.
9 mois sans sexe virtuel et réel, 9 mois qui m'ont permis de vivre avec ma compagne sans la tromper. Comme pour l'alcool dont le suis abstinent depuis 7 novembre 2003, je fais l'expérience qu'un jour à la fois, je peux faire l'expérience d'une certaine liberté. Pas toujours simple, car beaucoup de supports addictifs (le net, les émotions, la bouffe aussi...) sont là pour nourrir mes angoisses et ma flemme structurelles.
Comme le dit John, il n'y a qu'en mettant autre chose à la place que je donnerai un coup de collier un peu plus net à ma libération - laquelle en ce moment, joue le yoyo entre un jour avec et un jour sans.
Quelque chose comme de la confiance dans ce que je fais (c'est à dire autre chose que l'angoisse qui tétanise) se met en place doucement. Enfin, c'est ce que je crois percevoir. Utile pour m'aider à décrocher de l'imaginaire permanent dans lequel j'aimerais bien me complaire.
Jean de la Croix disait - j'ai lu ça cette semaine - que la porte vers Dieu passait par la Croix. Ce n'est pas le dolorisme que je prône là. La croix vient rappeler notre condition humaine, et nous invite à nous coltiner notre concret, si l'on veut percevoir nos progrès en matière de spiritualité. Dieu ne nous demande de rendre une belle dissertation, mais de nous souvenir qu'il ne s'est pas incarné dans l'humble créature humaine pour jouer les intellos de service sur les forums.
:-)))))
C'est la Saint Valentin aujourd'hui. Avec ma compagne, on a un peu beaucoup tendance à nous foutre de cette fête qui, pour nous, a une forte odeur d'argent et de "choses commerciales" comme dirait Souchon (Foule sentimentale). Pourtant, tout à l'heure, je me suis laissé allé à penser que tout n'est sans doute pas à rejeter. Peut-être que, bien sur, pour plusieurs de nos congénéres, ce sera l'occasion de l'année de se souvenir qu'ils vivent en couple, qu'ils s'aiment etc. Oui. Et alors ? Quant bien même ce serait le cas, de quoi je me mêle donc ? Et si, dans ces endroits oùm l'on allume en ce moment la flamme, c'était l'occasion de faire le point sur ce qui unit deux êtres ? Qui suis-je donc pour mépriser ainsi des êtres qui se cherchent pour bâtir quelque chose en commun ? Tant mieux, après tout, si ce jour-là, on en profite pour rebondir, et se redire "je t'aime". Bien sur, qu'il y a toutes "les choses commerciales" qui inondent cette fête. Maiqs au milieu des ténébres, j'ai la faiblesse de croire qu'il y a toujours une petite lumière à entretenir. Je souhaite donc une bonne Saint Valentin à tous les êtres, qu'ils soient ou non accouplés, mais qui cherchent l'amour, qu'ils soient confiants, apeurés, tristes et même maladroits.
Je dis cela parce que j'ai longtemps raillé l'amour pour le fuir dans l'alcool et le porno. Boire, baiser (surtout se branler en fait), mais ne surtout pas aimer. C'est à dire le contraire de celui qui est infiniment attentif à l'autre, à la créature de Dieu. C'est surtout dans ma libération du porno que je découvre l'amour. Après avoir barricadé ma solitude et je prends conscience que c'est dans la relation à l'autre que se puise l'essentiel de l'existence.
Pas simple quand même. J'ai toujours ce sentiment de malaise quand on me dit "je t'aime. je ne sais même pas quoi répondre. Honte ? Culpabilité ? Sans doute...
Je sais qu'il y a aussi à regarder du coté de l'écoute et du respect, quand on parle d'aimer. Je sais que ce n'est pas que des mots. Mais ça en est quand même...
J'ai décidé de m'interdire toute connexion Internet le matin. Ça m'évite de commencer par cela, le matin, et de ne faire que cela, à l'arrivée. C'est une décision que j'ai prise, après un temps de prière, un soir, consécutif à une journée de merde, passée à surfer à grandes et violentes vagues sur des sites de philo et de spiritualité en tous genre. Tout ce qui fait "planer à 15.000" comme je disais quand j'étais jeune. Ma dépendance fondamentale m'amène à vouloir trouver dans les Idées ce que je ne veux pas vivre sur terre. Et forcément je ne trouve pas. Et, paradoxalement, c'est dans une relation avec Dieu que je dois rechercher l'humilité d'atterir. Mes évasions dans le monde des intellos m'aura au moins informé sur le sens d'une chose : l'Incarnation. Dieu est venu nous rencontrer par Jésus, et il continue à nous parler au plus profond de nous-mêmes. Éprouver sa vie dans le concrêt le plus immédiat des plaisirs et des souffrances. Evoluer dans une dialectique du quotidien et aller au plus simple : ici et maintenant. Dans un livre (magnifique) de Christian Bobin sur Saint François d'Assises, intitulé aussi magnifiquement "Le Très-Bas", l'auteur rappelait qu'humilité venait d'humus, de la Terre. Humilité : garder les pieds sur Terre, au point de vouloir épouser et éprouver jusqu'au bout la condition de notre Mama Pacha.
Résultat de cela (plus le net le matin !), et comme je n'ai pas d'ordi chez moi, je parviens à mieux bosser. je me sens obligé de m'y mettre, et comme on dit souvent chez les AA, quand l'obsession revient, il faut mettre quelque chose à la place. Je bouge donc. Ou je prie. Et je fais ce que je peux.
Je me suis un peu secoué, car j'ai senti revenir des attentes de dépendant sexuel, la journée, puis un peu le soir avant de me coucher (souvenir de mes pratiques, fantasmes que j'avais quand je matais sur le net...). J'étais de nouveau dans le pulsionnel, alors que je redécouvre des sensations très chouettes avec ma copine.
Je sais aussi que je suis toujours perturbé par ce problème d'éjaculation précoce qui me dit-on un peu partout suppose une rééducation par la voie de la masturbation. Mais, la masturbation, je sais ce que ça réveille chez moi (rien que d'y avoir pensé, ces temps-ci, ça m'a réveillé des pulsions, j'en suis sûr). J'attends, et décide de demeurer abstinent, de ce point de vue également.
Je constate que mon problème de concentration a généralement pour origine une difficulté à bien mettre en ordre ce que je dois faire. Et quand jai des difficultés à mettre ces choses en ordre, cest aussi parce que je suis gêné par elles, parce quelles minquiètent. Au boulot, jai des difficultés à engager ce que je dois faire parce que je nai pas confiance en moi. Jimagine toujours que cela va poser problème. Pourtant, ces pensées-là, quand on y regarde bien, nont pas de raison dêtre. Elles portent sur quelque chose qui na pas encore eu lieu, puisque je nai pas encore commencé ce que je dois faire (un texte à écrire par exemple). Ordonner les choses suppose donc, pour moi, par en commencer au moins une. Mon psy me suggère même de nen faire quune, mais de men satisfaire.
Il est vrai que ce manque de concentration débouche généralement sur une espèce de panique. Jai limpression dêtre devant la montagne. Anxiété. Angoisse. Je reporte ce que jai à faire. Je file sur Internet, dans le virtuel des forums ou des pages philo et spirituelles (auparavant, je filais au bistrot ou me gavait de chat hot ou de porno, cétait encore pire), espérant calmer cette angoisse qui du coup est alimentée par le retard que je prends. On peut se dire que se cultiver nest pas du temps de perdu, mais il faut que je parvienne à ne pas menfuir systématiquement dans le virtuel. Ces temps-ci, je progresse, je crois. Doucement
La solution est darrêter le processus. De reconnaître que je suis bien faible, et de me contenter de ce que Dieu présente à moi, cest-à-dire linstant présent. Sur celui-là, au moins, je peux intervenir. Modestement, mais concrètement. Et cest là le principal.