Je viens de terminer la lecture d'un livre remarquable que m'avait prêtée une aamie des Alcooliques anonymes. Il s'agit de "L'enfant qui jouait avec la lune", écrit par Lucien, un alcoolique, lui aussi membre des AA. Il relate le parcours d'un pére, jésuite, chanteur à succès des années 60 et 70, qui tomba dans l'alcool, avant de s'en sortir en rejolignant les AA et en contribuant à son développement dans l'est de la France. le livre est remarquable car il décrit de manière parfois douloureuse, la longue descente aux enfers, et cette impuissance à stopper seul le processus que l'on met parfois longtemps à comprendre et à admettre quand on est dedans. C'est un livre qui raconte la souffrance d'un hommes, mais au-delà de l'alcool, cette souffrance de ne pas se sentir apte à vivre pleinement dans un monde dur et violent. Je me retroute tout à fait dans ce décalage entre l'idéal d'un homme profondément bon, humain, généreux, et la réalité. l'homme souffre de ne pas avoir un environnement qui corresponde à sa soif, voire même sa boulimie d'amour. Alors il laisse échapper sa souffrance dans un raz-de-marée alcoolique. Violence inouie contre soi-même et contre les autres, à l'arrivée. L'homme trouvera la porte de sortie avec les AA. Avec surtout cette expérience étonnante et magique d'amitié authentique qu'on y trouve, et que l'on y cultive. Cet ouvrage n'a pas une ride. Merci Lucien.
À découvrir à cette adresse :
http://www.jesuites.com/histoire/duval/index.html
Ca se bouscule, ces jours-ci. Mon esprit a été fortement préoccupé par les élection présidentielle. Préoccupé car beaucoup d'éléments m'apparaissent inquiètants concernant la manière dont, demain, on s'occupera des plus fragiles. Les signes de cette préoccupation s'expriment par une sensibilité exacerbée, une tendance à vouloir accélérer les choses, à laisser l'énervement s'installer. Dépendant émotif, je vis toujours les événements de manière intense et affective. Et si je n'y prends garde, je m'emballe, et j'ouvre la porte à mes compulsions, dont la colère n'est pas la moins problématique. C'est infernal comme celles-ci se réactivent vite. Mieux vaut faire preuve de vigilance quand ces portes là s'entrouvrent. Prendre garde, donc, à bien demeurer à distance de ce qui affecte la sensibilité, en détachant bien ce qui n'est pas de ma responsabilité - je ne vote pas pour tout le pays, je ne suis pas responsable des avis des autres - de ce que je peux faire, à mon niveau, pour faire évoluer les choses. Cela permet tout de suite de goûter à une forme de sérénité qui, au jour le jour, vaut le coup d'être appréciée.
Je comprends à quel point les dépendances révéle une âme hypersensible, autrement dit une difficulté à être avant reconnaissant pour la vie qui nous est confiée chaque jour.
Est-ce qu'il faut porter sa croix, comme le demande un dépendant ? En quelque sorte oui. Mais je ne m'inscris pas dans une conception doloriste, pénitentielle à l'excès qui nous situerait dans une peau de coupable qui s'autoflagelle. La Chute de l'Homme me semble être surtout une sorte de virée au cours de laquelle on a paumé le plan, et qui fait qu'aujourd'hui, on a toute les peines du monde à retourner à Dieu, à notre état naturel. Mais le chemin du retour est aussi balisé de jolis messages d'espoir. La liberté se goute chaque jour que je suis abstinent d'alcool, de sexe compulsif et chaque instant que je ne laisse pas mes émotions provoquer un nouveau tsunami. Je ne suis pas sûr, donc, chaque jour, de porter ma Croix. En choisissant de me rétablir, j'ai au contraire décidé d'arrêter de me flageller. Dans ma fuite alcoolique ou dans mes délires sexuels, je me suis autodétruit car je fuyais sans trop savoir où j'allais, jusqu'à ce que j'ai réellement pris conscience que je me dirigeais vers la mort. Les souffrances de la croix, on continue de les subir chaque fois que l'on entretient cette destruction. Or, aujourd'hui, même si ce n'est pas toujours simple, j'ai avec moi d'avoir accepté ma fragilité et mes limites. Mais j'ai aussi (re)trouvé la confiance sur le chemin, celle de l'espérance de pouvoir être sauvé. Dans moins d'une semaine, Paques viendra le rappeler.
Quand on commence à s'intéresser aux problèmes de dépendance, autrement dit quand on se demande comment sortir des comportements qui poussent à fuir sa réalité et à virer toujours plus dans l'excès, on finit par se rendre compte qu'en fait, le vrai problème n'est pas tant de toucher du doigt une solution miracle que de rediriger sa vie dans un autre sens. Au sentiment de frustration, issue de l'enfance (frustration affective, de biens de consommation, de reconnaissance etc) a succédé chez moi une fuite en avant dans une recherche effrénée de plaisirs de tous ordre. Faire la fête, picoler, découvrir ce dont j'avais l'impression d'avoir été privé, faire comme les autres, surtout ceux qui brûlent leur vie à grand coups de lance-flammes... J'ai cherché l'attention et l'affection de gens pour qui le monde de la fête et de l'alcool était une façon d'être. Jusqu'à me perdre. Jusqu'à me sentir finalement très seul au milieu des flons-flons. C'est le sentiment d'être au milieu de nulle part, associé à de fortes doses de culpabilité, qui m'ont amené à pousser la porte des Alcooliques anonymes. Et à me prendre compte que l'on pouvait appréhender la vie bien autrement. Avec simplicité. Ma prise de conscience sur l'alcool en a entraîné d'autres. J'ai fini par comprendre un peu comment je fonctionnais. Moi qui angoissais à l'idée d'être seul et de ne pas être aimé, je m'estimais incapable de trouver l'amour. J'ai aimé, mais en secret, de manière passionnée, jusqu'à finir par en désespérer. À un moment donné de ma vie, l'amour, les sentiments, ne pouvaient plus être une perspective concréte. Ils ont disparu. Je me suis résigné. Restait plus que le sexe pour le sexe. Il me fallait consommer du sexe pour remplir ce vide. Faut dire que le terrain était favorable, car j'ai découvert le porno assez jeune, vers 12/13 ans, dans des revues. Puis au fil du temps tout y est passé. Des sex shops aux prostituées, en passant par le net, les chats, les rencontres, hétéros et gays etc... J'ai dépensé des fortunes en téléphone et autres minitel. La plongée dans le noir du sexe compulsif est rude, et c'est une des addictions qui semble être la plus enracinée en moi. Puis je découvre que j'ai aussi un problème avec la bouffe... Sur le fond, je suis un boulimique qui répond par l'excès à ses angoisses. Même sur le plan intellectuel, j'achète des tonnes de bouquins, me document jusqu'à l'écourement et jusqu'à me paumer aussi sur des tas de sujets, notamment politiques, sociaux, spirituels. J'ai besoin de tout savoir, parce que j'ai peur d'être cofronté à mes limites. L'acceptation de mes limites est donc la première étape vers cette nouvelle vie dont je parlais plus haut. Je suis fragile, mais je ne suis pas à jeter. Je suis unique, aimé de Dieu, et c'est à partir de là que s'ouvre une perspective différente pour la vie. Il s'agit alors de la regarder avec confiance. Se méfier de l'excès pour privilégier la douceur et la patience. Ne plus être tétanisé par ses échecs mais les dépasser par la foi et l'espérance. J'essaie de garder le cap.
Je poursuis mon Carême. Hier, la lecture d'un psaume que me propose le site des Dominicains auquel je me suis inscrit (www.retraitedanslaville.org) évoquait les pleurs : ceux d'homme qui pleure tellement que sa couche est trempée de larmes. On ne devient pas un surhomme en se libérant de la dépendance. Au contraire, on redevient juste un homme. Avec une fragilité qu'il s'agit d'accepter pour mieux parvenir à en faire une force. A travers ces larmes, je voix aussi toutes mes difficultés, mes rechutes, mes angoisses. J'ai de nouveau été traversé par une crise de colère cette semaine. Mes émotions ne me laissent pas tranquille. Mais je remarque qu'à chaque fois, il y a l'absence de confiance à l'origine. Cette confiance qui permet de recevoir la vie en cadeau, et de partir sur le chemin de la réalisation de Soi. Etre prêt à s'accepter avec ses limites, refuser de laisser les peurs offrir un chemin de fuite va me demander encore beaucoup de travail. Je suis laminé après une crise de colère. Du coup, hier, j'ai complétement mis de côté mes efforts sur ma compulsion à la bouffe et aux boissons excitantes (le café) que j'avais décidé d'enclencher pour ce Carême. J'essaie de me libérer de ce qui me pèse, m'encombre pour être en contact plus régulier avec Dieu. Aujourd'hui, j'ai eu une autre crise avec des bonbons, mais vite stoppée. Je pense être reparti sur les rails de mon Carême. Le fait de travailler plus que d'habitude sur la spiritualité me calme et me libére l'âme plus rapidement. Heureusement, car je suis beaucoup soumis au stress au boulot.
Dépendant à plusieurs produits et affects, qui vont de l'alcool aux émotions, en passant par la sexualité compulsive (pornos, chats, masturbation, prostituées...), j'ai passablement abimé mon esprit. En picolant, comme en me gavant d'images et de dialogues que ma morale ne parvenait plus à réporuver, j'ai cultivé une forte culpabilité et une image de moi assez détestable. Pourtant, sur le chemin de la reconstruction, il est nécessaire de ne pas rester scotché à cette image, au risque de la laisser continuer à coloniser mon cerveau. Il est nécessaire d'opérer un inventaire rigoureux et juste de ce que l'on est (la 4e étape du programme des Alcoolique anonymes), pour se regarder avec honneteté. Ni ange, ni démon : les deux à la fois. Se voir comme cela, consiste certes à accepter ses déficiences, mais aussi à voir le potentiel que l'on conserve pour prendre un nouveau départ.
Mes dernières chutes dans la sexualité compulsive m'incitent à produire des efforts supplémentaires pour améliorer ma vie spirituelle qui, bien que je m'en sois défendu intérieurement, est tout de même mon talon d'Achille. Je demeure trop attaché encore à mon ancienne vie et ne me regarde donc pas suffisamment avec honneteté. Ou je pense être le pire des monstres, ou résolument engagé sur la voie de la sainteté. L'humilité, c'est un chemin, pas une médaille.
Regarder vers la lumière, c'est aussi accepter de lâcher prise, de se laisser atteindre par cet amour initial, créateur, qui nous donne la vie. Se laisser atteindre par l'amour. S'aimer donc, pour essayer d'être honnête avec soi. Pour retourner cultiver ce jardin oublié depuis la chute, pour reprendre des images que j'emprunte à Annick de Souzennelle. Je vais profiter du Carême chrétien (40 jours avant Paques, pour symboliser le retour au désert de Jésus) pour essayer de cultiver ce jardin de ma vie spirituelle. Peut-être en essayant de méditer sur cette humilité aimante qui me semble être nourricière.
Je poursuis mon travail de "décolonisation" de mon cerveau, pour le libérer des pollutions liées à mes dépendances. Et en premier lieu, il y a la dépendance à la peur, à la fuite. Orroz, dans une réponse à un de mes posts, évoquait Annick de Souzenelle. Je ne connaissais pas ses réflexions. Elle évoque la Genése et les premiers écrits de l'Ancien Testament pour développer une thèse qui me séduit beaucoup. La Création telle qu'elle est évoquait ne serait bien sûr pas le récit historique des premiers instants de la Terre et de l'Humanité, mais une mise en scène symbolique de ce qui nous fonde tous, de ce principe primordial qui demeure en nous, mais que nous avons bien souvent oublié. La "Chute", le péché originel, serait une espèce de sortie de notre humanité, pour errer dans un monde qui nous inquiète, et que nous fuyons. D'où le lien que je fais avec les dépendances et l'addiction à tout ce que peut nous détruire. Retrouver cet instant primordial, ce principe de Vie est donc le but primordial du rétablissement. Arrêter de se perdre dans les illusions pour se replacer en direction de notre Créateur, en acceptant la vie avec gratitude et bienveillance. Un jour à la fois, je poursuis ce chemin du "retour à Dieu et à Soi".
Je sors des marécages dans lesquels j'étais de nouveau entré en fin d'année et qui ont débouché sur une rechute au sexe compusif. J'effectue un travail iumportant sur la spiritualité, en essayant de garder les yeux et les oreilles grandes ouvertes sur ce qui m'entoure. Et surtout, j'essaye de travailler la confiance, en moi et en ce Dieu auquel je crois. On se démolit tellement l'esprit dans la compulsion qu'il est impératif de se poser, quand on décide de choisir le chemin de l'abstinence aux produits, et d'arrêter de cultiver les idées noires et le défaitisme qui nous enserrent. J'étais un peu dans cet état d'esprit avant de replonger. J'essaie de mettre ne pratique ce que j'entends, de la part de ceux pour qui cela se passe bien. M'éloigner de l'écran, ne pas vouloir me prendre pour le centre du monde, agir posément, plus calmement. Et régulièrement, dans la journée, prendre un temps de prière, pour me recentrer. C'est d'ailleurs un peu ce que je fais, là, en venant partager sur ce blog ce que j'ai à proposer. Je suis de plus en plus convaincu que la spiritualité (qui n'est pas nécessairement religieuse, il faut le rappeler) permet de se resituer dans notre environnement, d'y repérer un peu plus le sens. Sens qui n'est pas à chercher ailleurs que là où on se trouve d'ailleurs.
Je vais mieux, donc.
Je vais bien ces jours-ci. J'ai retrouvé une vitesse de croisière spirituelle qui m'a remis sur de bons rails, et m'a sorti de ceux de la compulsion. Le fait d'avoir pas mal réfléchi autour de la première étape du programme AA, c'est à dire l'acceptation de mon impuissance devant mes angoisses, face auxquelles je ne peux proposer que la foi, m'incite à faire preuve d'un peu plus d'humilité.
D'après mon psy, que je viens de rencontrer, il y a encore et toujours la présence de cet enfant en moi qui s'interroge sur la sexualité. Et cet enfant cherche à voir, a développé une forme de voyeurisme qui l'incite à vouloir aller chercher dans le porno les questions qu'il se pose, et qui peuvent l'angoisser. Je retrouve toujours ce tout jeune ado qui, en cachette, allait regarder les revues porno de son père, se masturbait en cachette ; cet ado qui a ouvert la porte aux visites dans les sex shops, à la compulsion sexuelle à tout va, du milieu gay aux prostituées. Il y a toujours cette notion de visuel. Aller voir, ailleurs. Je note en effet que le passage à l'acte est toujours décevant, rompt cette espèce de béatitude dans laquelle je peux être quand je "mate". Sans doute, me dit toujours mon psy, y'a-t-il un cap que je n'ai pas passé, c'est celui de la sublimation. C'est à dire cette capacité à poursuivre cette curiosité dans une autre voie, qui peut être complétement dépouillée de toute sexualité, mais demeure dans le visuel (photo, peinture, mais aussi lecture...). Je vais y réfléchir.
Je suggérais l'autre jour de démarrer 2007 avec confiance. Ben voilà : le temps des travaux pratiques est vraiment venu. J'ai rechuté dans du chat et dans la masturbation ces derniers jours, comme je l'ai expliqué chez les dépendants sexuels (http://dependance-sexuelle.info). Oui, ça fait chier, mais autant tirer de tout cela la leçon numéro 1 : je suis dépendant sexuel pour de vrai. J'ai ancré profondément dans mon cerveau des réflexes compulsifs contre lesquels je ne peux pas faire autre chose que de baisser les bras pour redémarrer une autre vie. J'ai beaucoup lu, discuté et médité ces jours-ci autour de la 1ere étape du programme des Alcooliques anonymes "Nous avons admis que nous étions impuissants devant l'alcool et que nous avions perdu la maitrise de nos vies". Remplaçons alcool par sexe compulsif - ou luxure, je crois, disent les dépendants sexuels anonymes (DASA) - et on voit bien de quoi il s'agit. Mes lectures AA me parlent aussi de "défaite totale", de ces fonds qui, une fois admis et acceptés, peuvent ouvrir de nouveaux horizons. Quand on rechute, c'est qu'on reste attaché à son ancienne vie, que l'on a peut-être pas encore suffisamment souffert pour vouloir en changer. On pense que l'on maitrise le truc. Pire : on pense même l'avoir vaincu. "L'alcool est toujours là, au coin de la rue, prêt à te faire un croche-pied. Avec le temps, tu apprécies de changer de trottoir. Mais n'oublie pas, au cas où, qu'il sera toujours le plus fort. Essaye de faire pareil avec le sexe" me dit un ancien aami. Abstinent, j'ai juste gagné le droit de vivre un jour de plus en fait. Mieux vaut sans doute méditer sur ma propre humilité que de vouloir jouer les Saint-Bernard. Comme me le dit John Warsen, on a peut-être trop tendance à garder le nez dans le guidon, et à être scotché dans une ambiance d'addiction. Ou plutôt : mieux vaut être dans le peu que je peux. Ces derniers jours, je vivais pas trop bien certaines situations anxiogènes, je me laissais attraper par la colère, et j'avais envie de fuir ma vie. Bien que je m'en sois défendu, je me suis sans doute accroché à mes angoisses, et j'ai sans doute voulu passer en force.
Je reprends des couleurs ces jours-ci. Patience, honnêteté, humilité, douceur, bienveillance. J'avais presque oublié qu'une partie de mon cerveau réclamait elle aussi sa nourriture spirituelle.